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Conservateur du Musée Fabre de Montpellier.

Montpellier — Exposition au Musée Fabre

L’Art Shipibo : un art “debout”

Xavier DÉJEAN | 1979

Introduction au Catalogue du Musée Fabre de Montpellier, 1979.

Nous ne présentons pas ici des œuvres fantômes provenant d’une préhistoire lointaine magiquement silencieuse, mille fois morte et enterrée sous les siècles. Nous ne présentons pas cette pauvre pitance inoffensive, cette razzia posthume qui est la nourriture habituelle des Musées, quand après les soudards, les épidémies et les missionnaires, l’homme blanc lâche scientifiquement ses rapaces sur les civilisations assassinées. Mais voici un art debout, pleinement vivant, non pas un splendide revenant immobile et tout paralysé de son passé, mais un art neuf, inventif jubilant, instrument de découverte et de libération. Un art qu’il faut bien appeler par son vrai nom, puisqu’il ruisselle d’actualité : art contemporain Shipibo.

les femmes indiennes qui ont fait ces œuvres vivent, survivent, aujourd’hui même, à cette heure même, quelque part derrière la Cordillière des Andes, sur les rives de l’Ucayali. Les mêmes dessins cadastraux que vous voyez ici, incisés dans la terre cosmique de leurs poteries, elles les tracent sur leur propre visage, filigranes de géométrie aventureuse. Art de la plus extrême fragilité, mais aussi de l’audace.

Apprenant que leurs œuvres allaient pour la première fois au monde être exposées dans un musée d’Europe, ici même à Montpellier, une sorte de joie libératrice a soudain envahi leurs formes. Un jaillissement de monstres jamais vus s’est frayé passage à travers la végétation d’entrelacs des vieux schèmes revivifiés, craquant désormais sous les sèves. Une vérité nous bondit au visage comme une gerbe d’eau fraîche : le tonus de la création indienne n’est plus à son déclin, mais au plein de sa force, et tout près de sa source. Il faut oser dire qu’un vaste évènement souterrain est en train de s’accomplir, une mutation immense et sans bruit : voici qu’une gloire intacte se met debout, reprend courage et dignité. En grande partie grâce à l’innovation radicale du contrat d’échange égal, où la valeur, en Europe, du travail indien, est restituée aux communautés sans vol ni escroquerie…

Xavier DÉJEAN, Conservateur des Musées de France

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Cf. Art Shipibo d’Amazonie Péruvienne : Exposition, Montpellier Musée Fabre - Décembre 1979-Janvier 1980. Anduze : AZ Offset, 1980. - 40 p. ; Ill. en coul. 21 cm.

Pour citer ce texte :

Xavier DÉJEAN, "L’Art Shipibo : un art “debout”", Montpellier — Exposition au Musée Fabre, 1979, http://dominique.temple.free.fr/reciprocite.php, (consulté le 13 décembre 2017).

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