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“Idéologie marxiste” et “théorie moderne de la réciprocité”. Critique des thèses de Alvaro Garcia Linera

12. Conclusion

Dominique TEMPLE | 2010

Nous avons montré que l’interprétation “française” de l’œuvre de Marx, à laquelle l’auteur de Forma valor, Forma comunidad accorde un crédit presque illimité, a fourvoyé sa recherche dans l’idée que les catégories élaborées pour interpréter la naissance du capitalisme en Europe pouvaient servir mutatis mutandis pour comprendre le développement de tous les systèmes économiques.

Que l’anthropologie ait naturellement interprété les économies dites “indigènes” à partir des catégories économiques déjà constituées par l’économie politique régnant lorsqu’elle est apparue et que l’anthropologie “marxiste” ait emprunté les catégories que Marx a proposé pour interpréter le système capitaliste, était sans doute à l’origine logique, mais l’anthropologie doit aujourd’hui remettre en question ces catégories économiques pour respecter la logique interne de ces systèmes non ou anticapitalistes. Le recours à des noms aussi prestigieux que ceux de Radcliffe-Brown, Mauss, Evans-Pritchard, Lévi-Strauss, Leenhardt, Lévy-Bruhl, Malinowski, Harner, Polanyi, Sahlins, Murra et bien d’autres se justifie dans la mesure où l’on comprend que ces auteurs font parler les faits qu’ils observent contradictoirement aux catégories avec lesquelles ils les observent. Sinon, on ne peut éviter de trouver dans leurs conclusions ce à partir de quoi a été conduit leur analyse. Il est nécessaire d’interpréter les faits qu’ils mettent en lumière et qui dérogent à l’idéologie de l’économie politique occidentale plutôt que d’essayer d’élaguer leurs observations jusqu’à ce qu’elles rentrent dans le cadre de leurs présupposés logiques.

On a vu, en effet, comment la critique fait constamment apparaître de nouveaux dysfonctionnements entre l’idéologie et les faits observés : Lévi-Strauss dans sa polémique avec Frazer, soulignant que l’échange des femmes n’explique pas l’exclusion de l’échange des cousines parallèles, montre que cette irrégularité par rapport à la doctrine économique du libre-échange oblige à faire intervenir la notion de réciprocité. Mauss, s’apercevant que les sacra pour autant qu’ils sont donnés ne s’aliènent jamais, de sorte que cette irrégularité impose de faire place à un autre principe que l’intérêt, découvre qu’une obligation éthique fait lien entre les individus et qu’elle est la raison de la réciprocité. Mauss fait droit cette fois-ci à une anomalie par rapport à la notion d’intérêt, moteur incontesté de l’échange, en respectant une valeur irréductible à tout intérêt et qui en définitive n’appartient à personne : une valeur qu’exprime le commandement de la morale. Sahlins, à son tour, met en évidence une irrégularité par rapport au présupposé de la rareté comme motif de la concupiscence qui motiverait les échanges lorsqu’il découvre que les communautés de chasseurs-cueilleurs-nomades, présumées misérables et affamées, sont des sociétés d’abondance. Et Malinowski, tout en souscrivant à l’idée que les sociétés polynésiennes sont en tout point semblables à la société anglaise, note avec humour cette anomalie singulière qu’elles le sont tout à fait, à la condition de comprendre que pour elles, « posséder, c’est donner » ! … Et peu à peu, il apparaît que si le réel observé échappe au cadre imposé par l’économie politique de la société capitaliste ou au cadre de sa critique, c’est l’appareil d’analyse qui doit être mis en question.

La nécessité d’une remise en cause de cet appareil est semblable à celle qui s’est imposée après la découverte d’anomalies irréductibles aux lois de Maxwell ou de Newton comme le rayonnement des corps noirs ou l’addition des vitesses pour la lumière. Il fallut mettre en question la relativité galiléenne et imaginer que les références de l’univers étaient courbes, utiliser la géométrie de Riemann en lieu et place de celle d’Euclide, et les transformations de Lorentz pour pouvoir construire des équations satisfaisant les observations du réel. Il en est ainsi de la théorie de la réciprocité. Lévi-Strauss estimait que la théorie moderne de la réciprocité doit être reconnue comme “théorie indigène”, mais il ne chercha pas à utiliser la logique généralisée qui lui aurait permis de reconnaître les logiques “indigènes” et la logique d’identité, si utile en physique classique, dans un même ensemble. La Logique du contradictoire  (lire la définition) de Stéphane Lupasco est cette logique post-quantique qui reconnaît la relativisation des contraires dont on n’imaginait jusqu’à présent que les manifestations à partir desquelles on ne peut déduire que les notions d’équilibre (l’harmonie) ou de déséquilibre (la dialectique). Or, cette relativisation des contraires au niveau de la conscience dans une relation de réciprocité engendre les valeurs humaines  (lire la définition) que l’on observe dans toutes les sociétés.

Reconnaître l’efficience des valeurs est une chose, mais reconnaître aussi la matrice qui les produit en est une autre qui invite à comprendre l’efficience de la raison éthique par les conditions de sa genèse.

La réflexion marxiste critique le système économique capitaliste à partir de sa logique mais pas cette logique. Son regard sur l’Histoire comprend celle-ci comme une suite de moments dialectiques. Elle interprète les systèmes qui ont précédé le système capitaliste comme précapitalistes et tous rapports humains autres que ceux de l’échange comme ceux aux dépens desquels se développent les rapports de forces capitalistes, c’est-à-dire qu’elle ne prend en compte que les données qui peuvent être appréhendées à la lumière de ces rapports de forces, de leur dialectique et de leur logique.

On peut, il est vrai, faire remonter les origines du système capitaliste au commencement du monde, car l’intérêt privé est inscrit dans la nature physique et biologique et les normes du système capitaliste respectent donc des lois naturelles. Un pas arbitraire est néanmoins franchi lorsque l’on applique cette vision à tous les systèmes économiques sociaux et politiques, car l’homme n’appartient pas seulement à la nature physique et biologique. Sa spécificité n’est pas due à une différenciation biologique : il se distingue du genre animal dès lors que l’énergie psychique, qui reste dominée par l’énergie biologique dans le règne animal, s’impose à l’énergie biologique.

L’homme pensant l’emporte sur l’homme vivant et ce changement fondamental ne se doit pas à une mutation biologique. À quoi ce changement se doit-il ? Au fait que l’homme se confronte avec l’autre dans une relation qui permet à la conscience de s’affranchir de la domination du biologique et des lois naturelles. Cette relation catalyse une vie nouvelle : la vie de l’esprit, autonome vis-à-vis de la vie biologique bien qu’elle requière celle-ci comme condition préalable ainsi que l’existence physique.

Le développement de l’esprit exige donc une structure qui n’existe pas ailleurs dans la nature, la réciprocité anthropologique, siège de la conscience et de la relation des consciences entre elles : la pensée.

Toutes les sociétés humaines explorent les structures sociales qui leur permettront de traduire le principe de réciprocité dans la vie de tous les jours. Elles ont la surprise de découvrir que les valeurs éthiques sont différentes selon les structures qui en sont la matrice, tandis que le principe reste innommé, révélation de l’être vis-à-vis de lui-même comme liberté pure, et par conséquent créateur de lui-même comme du sens de toute chose.

L’application de la critique du capitalisme à tous les systèmes de production de valeurs humaines qui réduit l’économie humaine à la conception d’un système de forces physiques et biologiques, comme l’a inlassablement tenté le marxisme français, est une idéologie artificielle et dangereuse, que Marx dénonça lui-même. Qu’il soit nécessaire d’instrumentaliser les forces de la nature et de respecter leurs rapports ne veut pas dire que l’on doive s’y soumettre : les dominer signifie au contraire affirmer la primauté de l’énergie psychique et celle de sa matrice, la réciprocité.

Le travail humain n’est pas une transformation de forces physiques comme la transformation du charbon en chaleur, le travail humain est un travail vivant qui inverse le sens du catabolisme en anabolisme (et renverse la consommation productive en production consommatrice) et crée plus de valeur qu’il n’en consomme (la néguentropie). Engels a soutenu que l’on découvrirait un jour un principe inverse du principe d’entropie... Mais là, guette une erreur redoutable : celle de confondre le travail vivant avec un travail biologique qui ne construirait que néguentropie et qui serait caractérisé par la complémentarité organique, de sorte que la communauté serait supérieure à l’individu ; une Totalité douée d’une intelligence technique capable de résoudre des problèmes matériels que l’individu seul ne pourrait résoudre.

Les partisans du libre-échange refusent la soumission de la liberté individuelle aux exigences d’aucune Totalité. Ils refusent le holisme et préfèrent instaurer entre les individus une relation d’échange. Le libéralisme soutient en effet que la valeur d’échange crée une liberté de choix entre les valeurs d’usage. La valeur d’échange est pour eux la promesse de toutes les jouissances possibles, elle est une expression de leur liberté. Et comme le désir ne saurait disparaître tant que subsistera une relation de réciprocité, fût-elle réduite à “la réciprocité des échanges”, le capitalisme paraît ne pas avoir de fin. Il assure la reproduction des biens de consommation, qui sont certes des leurres pour perpétuer l’exploitation et l’accumulation, mais qui entretiennent la relance perpétuelle du désir.

Dans la réciprocité, tout objet qui témoigne de la valeur produite n’est également qu’une médiation pour la reproduction de la réciprocité, et la monnaie de réciprocité représente aussi la valeur sans constituer cette valeur, pas plus que la valeur d’échange.

L’échange et la réciprocité satisfont donc tous deux les besoins matériels, mais dans la réciprocité, le travail trouve une dimension spirituelle, ce pourquoi on peut appeler l’économie de réciprocité l’économie humaine  (lire la définition) , fort différente de l’économie à laquelle les capitalistes entendent soumettre les rapports humains et qu’ils disent naturelle [1].

Que peut-on aujourd’hui attendre du marxisme ? Nous avons besoin des catégories marxistes pour dénoncer le système capitaliste [2]. La confusion entre la critique marxiste et l’idéologie marxiste prive les communautés de la critique nécessaire pour leur éviter de s’engager naturellement dans la voie capitaliste [3]. Mais il est vrai que nous n’avons plus rien à négocier avec le système capitaliste, seulement à lui substituer un autre système auquel presque tous les hommes font déjà référence de manière intuitive. À partir du moment où l’on construit une autre économie fondée sur un autre principe que l’échange (la réciprocité généralisée), ses catégories sont inutilisables. Même s’il n’est que justice de respecter le travail de Marx en dénonçant ses contrefaçons, ses catégories sont sans objet dans une économie anti-capitaliste. Le marxisme ne disparaît pas parce qu’il serait incompétent, mais parce que le système capitaliste l’entraîne dans sa chute.

On assiste en effet aujourd’hui à la fin du système capitaliste. L’économie se métamorphose déjà sous nos yeux : le travail produit toujours la valeur mais à ceci près qu’il devient justifié par le souci de l’autre et que la valeur répond à une définition qui respecte sa dimension éthique. Ce qui est disqualifié de plus en plus partout dans le monde est la privatisation de la propriété et l’accumulation capitaliste. Les capitalistes détruisent certes aussi vite qu’ils le peuvent les structures sociales qui répondent au principe de réciprocité, physiologisent ou matérialisent jusqu’au symbole, mais ils se privent naturellement de tout accès au symbole et substituent à l’imagination créatrice des techniques aveugles et des rapports de forces brutes qui conduisent l’humanité à l’implosion [4].

C’est à partir des fondements de la communauté que nous reprenons l’analyse des processus historiques au cours desquels les hommes élaborent les valeurs auxquelles sont ordonnées la production et la consommation. Ces valeurs se présentent comme la Loi. C’est dès l’origine dans des communautés primitives de chasseurs-cueilleurs-nomades que l’homme eut la révélation de sa nature (la communauté de Moïse, par exemple, ou de Pablo Vera, l’auteur guarani des « Ne’e Pora » (les Paroles vraies). Cependant, L’expression des valeurs produites par les différentes structures de réciprocité  (lire la définition) étant toutes absolues et tributaires de l’imaginaire de chaque communauté, il en résulta des affrontements de culture et de civilisation également absolus et sans pitié. Nous avons insisté sur l’imprescriptible nécessité d’affranchir la “théorie moderne de la réciprocité” de toute contrainte de l’imaginaire, et de libérer de toute sujétion à l’absolu de la conscience affective le principe de réciprocité grâce à la raison [5]. À partir de l’étude des structures de réciprocité, on pourra alors comprendre le choix des communautés en faveur de la primauté ou bien de la liberté ou de la confiance ou de la solidarité, etc. et l’on pourra décider comment ces diverses options peuvent être associées entre elles grâce à des institutions disposant chacune d’une territorialité spécifique.

Le recours à la raison met fin à ce que nous appelons la violence du symbolique [6]. Cependant, les valeurs dites “humaines” ne sauraient être interprétées par la raison comme des forces matérielles physiques ou biologiques sans être dénaturées, ni même être considérées comme déterminées par des simples rapports de force. La réciprocité anthropologique se différencie de l’interaction physique et de l’interaction biologique parce qu’elle est la matrice de la dynamique propre à l’humanité, de la conscience humaine, de l’énergie psychique distincte de l’énergie physique et de celle de la vie. La raison, qui s’est aidée jusqu’ici de la logique qui lui permettait de maîtriser les conditions de la production matérielle des conditions d’existence physique de la société, doit requérir l’outil logique qui lui est nécessaire pour maîtriser la production de sa propre genèse et des valeurs éthiques qui sont le propre de l’homme [7].

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“Idéologie marxiste” et “théorie moderne de la réciprocité” - Critique des thèses de Álvaro García Linera

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Pour citer ce texte :

Dominique TEMPLE, "Conclusion", “Idéologie marxiste” et “théorie moderne de la réciprocité”. Critique des thèses de Alvaro Garcia Linera, 2010, http://dominique.temple.free.fr/reciprocite.php, (consulté le 21 août 2017).

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Notes

[1] On fera attention à cette question de vocabulaire : Aristote appelle “économie naturelle” l’économie de réciprocité, car elle est “naturellement” celle de la société “humaine” et, selon, lui une économie de libre-échange qui conduirait à l’économie de profit est donc contre nature. Aristote estime que l’échange n’est acceptable que lorsqu’il est subordonné à la réciprocité. Les prix des marchandises échangées ne sont donc pas déterminés par leur rapport de force, les marchandises ne peuvent être échangées qu’au prix fixé sur le marché de réciprocité. Il n’y a donc pas d’économie politique du libre-échange, chez Aristote, mais seulement une économie politique de la réciprocité.

[2] La présente crise du système capitaliste n’a été interprétée avec succès que par les chercheurs qui avaient une connaissance approfondie du tome III du Capital où Marx, anticipant l’évolution du système capitaliste, annonçait la contradiction entre la valeur fictive créée par le prêt à la consommation et la valeur marchande créée par la production.

[3] L’antimarxisme fait partie du premier analphabétisme dénoncé par Simon Yampara. Cf. YAMPARA, Simón & Dominique TEMPLE. Matrices de Civilización, sobre la teoría económica de los pueblos andinos. La Paz, 2008.

[4] L’implosion veut dire un suicide collectif. La corruption mondialisée et le terrorisme aveugle en sont les prémisses.

[5] Le repli sur les imaginaires antiques témoigne du second analphabétisme dénoncé par Simon Yampara : l’analphabétisme sur les propres textes fondateurs. L’accès au symbolique est désormais submergé par le fétichisme parce que celui-ci est promu comme la plus authentique expression de la pensée des peuples originaires par l’interprétation délirante des occidentaux (le fétichisme au carré) (les Inuit adoreraient l’Ours, les Cheyenne le serpent à plumes, les Aymara la terre, les Inca le soleil, les Guarani le tigre, les Shuar le manioc et l’anaconda). Pour unifier ces réifications, les eunuques du symbolique inventent de nouveaux référents : l’harmonie, l’équilibre cosmique, etc. qui créditent d’une réalité universelle leur nouvelle idole monothéiste : la terre mère. Des indigènes acculturés retrouvant dans ces idéologies écologiques occidentales des fragments de leurs traditions mystiques s’en font parfois les défenseurs. La conjonction des deux analphabétismes (la fausse interprétation du marxisme (le stalinisme) et le fétichisme indigène) est un étau qui broie l’espérance communautaire, comme la confusion de la libération des latifundia avec la privatisation de la propriété détruisit la communauté en 1952.

[6] La “violence du symbolique” témoigne de la puissance de l’impératif catégorique ou du commandement divin à laquelle nul ne peut objecter. La création est alors “réservée”, comme le dit le mythe biblique : l’arbre de vie est refusé à l’homme par le Dieu jusqu’à la mort de ce Dieu quand l’homme (le Fils de l’Homme dans la tradition biblique) acquiert le pouvoir de créer la valeur divine (d’enfanter Dieu) ! Dès lors, la valeur éthique ne s’impose plus par sa toute puissance : mais elle est même fille de la vulnérabilité de l’être humain car sa naissance, et sa genèse, exige la relativisation jusqu’à son annihilation de toute force et de tout pouvoir de domination ! La “violence symbolique” est un autre concept développé par Pierre Bourdieu comme l’expression d’une violence établie par des rapports de force et que l’on prétend abusivement justifiée par une morale subjective.

[7] Cf. TEMPLE, D. (2003) Teoría de la Reciprocidad. Tome II.