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2015

La démission de Hollande

Dominique Temple | Janvier 2015

Le peuple s’est retiré dans l’abstention au premier tour des élections régionales sans doute parce qu’il condamnait le mensonge. Au deuxième tour, il évita la dérive que sa sanction des partis pouvait provoquer. Il s’est incliné. Mais il se sait abusé.

Ceux qui hier votaient Front de gauche ou socialiste qui votent aujourd’hui Front national étaient-ils déjà idiots et si tel était le cas le seraient-ils moins aujourd’hui ? Les diaboliser est une absurdité. Leur geste est un geste vengeur de qui a reçu une gifle, puis deux, puis trois et qui en a assez.

Après avoir dit solennellement qu’elle épousait la cause du peuple et nommé comme adversaire principal la finance internationale, la “gauche au pouvoir” s’est couchée dans le lit du capital. Elle est aux yeux des socialistes eux-mêmes adultère.

Il y a sans doute une dérive du sentiment national et de l’opinion dans un sens identitaire mais peut-être pas pour les raisons que l’on imagine par paresse morale : ce n’est pas Marine Le Pen qui déverse des milliards d’armes et de munitions au Liban et qui arme l’Arabie saoudite et les mouvements terroristes, ou la dictature fasciste en Égypte. C’est le gouvernement socialiste qui refuse l’hospitalité à ceux qui fuient sous les bombes et qui finance la société privée chargée de dresser un barrage devant lequel les réfugiés se noient. Ce n’est pas seulement le Front national qui est parvenu à ce que 70 % de Français rejettent les Roms, et qui drape dans la conscience morale de la République l’expulsion hors de France de ceux qui furent marqués d’un triangle noir.

Le Président de la République entretient la peur, rassemble derrière lui l’esprit de vindicte, et masque ainsi le désastre économique social et éthique de sa politique. Pour autant la nation n’est pas la raison du pouvoir. Elle est peut-être le souci du Front national, mais lorsque la “gauche au pouvoir” impulse la psychose et s’invente des milices, le sentiment national est une façade qui masque l’intérêt majeur de sa politique : le pouvoir. Mais le pouvoir est vide, vide de tête et vide de cœur, il est amoral.

Tout le monde a compris que la “gauche au pouvoir” n’a pas d’économie alternative à celle du capital, et qu’elle n’est pas compétente pour en assumer la responsabilité. Et les exigences du peuple se sont clairement exprimées. Il faut à cette “gauche au pouvoir” en tirer les conséquences. Soit elle passe la main à un gouvernement d’unité nationale du Front républicain derrière lequel elle s’est abritée, soit elle joue le sort du pays à pile ou face, et défie le désaveu populaire pour des raisons tactiques : “plus on lepénise l’opinion et davantage le réflexe républicain légitimera la candidature de la gauche”.

Ce calcul est scandaleux. Il conduit même au soupçon car il n’est malheureusement pas sûr que la psychose entretenue en France, et l’intensification de la guerre, ne procèdent pas d’une infamie. Que l’élection présidentielle se joue sur un événement annoncé : un attentat.

C’est pourquoi il est nécessaire de trouver une occasion licite pour obtenir sans frais et sans humiliation la démission de Hollande. D’autres situations aussi dangereuses ont déjà été négociées de cette façon (René Coty face la Guerre d’Algérie, le Général de Gaulle après Mai 68).

Comme si la société civile ne regorgeait pas de compétences le risque serait, nous dit-on, de redonner immédiatement le pouvoir à la droite. Et bien dans ce cas puisque la “gauche au pouvoir” n’a qu’une politique de droite pour laquelle elle n’est pas compétente, que la droite prenne ses responsabilités et assume la politique qu’elle prétend maîtriser ; la gauche pourra alors s’inquiéter de construire une alternative crédible pourvu qu’elle se débarrasse de ses faux culs. Il vaut mieux qu’elle ait affaire à l’adversité plutôt qu’à la trahison : la trahison pratique la terre brûlée à toute alternative voire à toute initiative. L’adversaire au moins n’est pas traître ! Il peut même reconnaître son erreur et se rallier à une solution post-capitaliste : là est l’enjeu car sinon tôt ou tard la sanction tombera. Et la “gauche au pouvoir” sous l’opprobre n’en prendra pas moins la clef des champs aux Bahamas...

Peut-être le mal vient-il de plus loin ? Le Général de Gaulle n’avait pas de mots assez durs pour fustiger le régime des partis comme de tristes dépouilles d’idéologies disqualifiées. Il leur opposa une monarchie élective. Les partis se sont vengés : ils ont maîtrisé la candidature à l’élection présidentielle. Il en résulte que l’élu n’a de légitimité populaire que virtuelle. Il est sans doute nécessaire de trouver les moyens de rendre au peuple le contrôle de son économie et de sa politique. L’évolution des techniques et des mœurs l’autorisent à nommer des responsables politiques indépendants des partis. La démocratie directe : Internet.

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Lire aussi l’article de Giorgio Agamben : « De l’Etat de droit à l’Etat de sécurité ».

Pour citer ce texte :

Dominique Temple, "La démission de Hollande", 2015, Janvier 2015, http://dominique.temple.free.fr/reciprocite.php, (consulté le 24 novembre 2017).

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