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Le contradictoire et la réciprocité

Le Principe de réciprocité en termes lupasciens

Dominique TEMPLE | 1998

On dit réciproque toute manifestation vis-à-vis d’autrui reproduite par autrui de sorte que chacun puisse à la fois agir et subir la même chose.

Comment peut-on interpréter la réciprocité selon les paramètres lupasciens ?

Rappelons que le principe d’antagonisme  (lire la définition) de la Logique dynamique du contradictoire associe contradictoirement tout phénomène à un antiphénomène potentialisé interprété comme une conscience élémentaire. La conscience-de-l’agir est donc certes l’inverse de la conscience-du-subir mais elle est le fait-de-subir sous une forme potentialisée, et réciproquement la conscience-du-subir est le fait-d’agir sous une forme potentialisée. Ainsi, dans la réciprocité, celui qui agit a pour conscience (conscience élémentaire) le subir de l’autre “virtualisé”, et vice-versa. Chacun a pour conscience élémentaire la réalité de l’autre potentialisée.

Cette relation peut être appelée relation en miroir car un miroir donne une image inverse de la réalité. L’expérience confirme : celui qui donne, acquiert du prestige, celui qui reçoit, perd la face. Celui qui subit l’injure acquiert un idéal de vengeance, celui qui se venge, le perd. Mais n’est-ce pas un paradoxe que de dire que la conscience élémentaire est l’envers de l’activité au lieu d’être l’image ou le reflet de cette activité ? Celui qui agit n’aurait conscience que de ce qu’il subirait s’il était dans la situation de subir, mais non pas de son action ? Si l’on traduit ce paradoxe par les affectivités qui accompagnent l’agir et le subir, l’agir s’accompagnerait de la sensation de subir ! Une telle conclusion condamne évidemment toute théorie qui prétendrait rendre compte de la conscience avec cette seule référence aux consciences élémentaires.

Que la conscience élémentaire qui est conjointe au réel soit son contraire n’est cependant pas en cause et elle joue bien un rôle majeur. Mais il faut tenir compte de ce qui s’instaure entre les deux polarités antagonistes des contraires et par conséquent entre les consciences élémentaires qui leur sont conjointes par le truchement de la réciprocité  (lire la définition)  ; il faut tenir compte de la relativisation mutuelle des contraires ou, dit d’une autre façon puisque chacun des deux contraires est en lui-même non-contradictoire, il faut tenir compte de “ce qui est en soi contradictoire” que Lupasco appelle le Tiers inclus  (lire la définition) .

Si nous disons avec Stéphane Lupasco que toute manifestation a pour conscience élémentaire son contraire, dans toute relation de réciprocité la conscience pour l’un sera définie par l’agir de l’autre, quand pour l’autre elle sera définie par le subir de l’un. Prise individuellement, chacune de ces deux consciences élémentaires antagonistes n’étant pas conscience d’elle-même, ni l’une ni l’autre n’aura de sens par elle-même. Mais dans la réciprocité, les deux consciences antagonistes sont contradictoirement conjointes et il résulte de leur relativisation mutuelle une conscience de conscience qui n’est, lorsqu’elle est parfaite, que conscience d’elle-même.

Dans une structure de réciprocité symétrique  (lire la définition) ou égale, ni la conscience élémentaire de l’agir ni celle du subir de chacun des partenaires ne pourra donc s’imposer, chacune étant entièrement relativisée par l’autre. La conscience de conscience qui résultera de cette confrontation sera seulement conscience d’elle-même sous la forme d’un sentiment pur. Mais il suffit que la réciprocité ne soit pas égale pour qu’une conscience élémentaire soit en excès sur l’autre et se constitue comme la conscience dont on est conscient. La conscience dont chaque partenaire est conscient est l’inverse de l’autre.

Dans la réciprocité symétrique, les consciences élémentaires mises en jeu sont d’intensité égale et produisent l’avènement du sentiment originel en lequel se concentre la conscience de conscience lorsqu’elle est privée de tout horizon objectif. Dans la mesure où l’un des contraires reste dominant sur l’autre, il ne sera pas totalement relativisé et sa conscience élémentaire prolongera le Tiers inclus. Pour autant que ce qui prend siège en chacun des protagonistes est la conscience de conscience qui correspond au Tiers inclus, la conscience élémentaire dominante se rapportera à cette conscience de conscience et la “caractérisera”. Par exemple en “donnant”, on n’acquiert pas seulement l’image de ce que l’autre reçoit, cette image témoigne de la conscience de conscience de donner et recevoir que nous appellerons ici “l’être du donateur”. La conscience dominante qui témoigne de “l’être” en question constituera son imaginaire. C’est de l’être dont l’imaginaire sera désormais le miroir. Toutes les Traditions disent cela : l’homme est “l’image” de Dieu.

Si je “donne” plus que l’autre ne “donne”, l’image inverse de “donner” sera bien “recevoir” mais cette image ne sera pas celle du fait que je “donne” mais du fait que la relativisation de “donner” par “recevoir” engendre la conscience de conscience. Si l’on appelle le sentiment de cette conscience de conscience “l’être”, l’image “d’acquis” prolongera ou auréolera la croissance de cet “être”. Elle sera l’acquisition de l’être du donateur, le prestige du donateur est l’acquis qui se rapporte à l’être : en donnant on acquiert de l’être.

Mais entre ce que l’on vient de nommer “l’être” et “la conscience élémentaire” qui le caractérise, le “prestige”, il n’y a pas de hiatus. En “donnant” on “acquiert du prestige” car le prestige est “l’apparence” de l’être du donateur”.

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Pour citer ce texte :

Dominique TEMPLE, "Le Principe de réciprocité en termes lupasciens", Le contradictoire et la réciprocité, 1998, http://dominique.temple.free.fr/reciprocite.php, (consulté le 28 avril 2017).

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