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2011

Le dépassement du système capitaliste

Dominique TEMPLE | Octobre 2011

D’une part, tout le monde s’attend à ce que les économistes traitent le problème de la recapitalisation des banques de façon orthodoxe : l’État vient à leur secours en rachetant les prêts invalidés. D’autre part, la spéculation ayant été follement multipliée, “la privatisation des profits, la socialisation des pertes” est un recours hors service. Dès lors, on se rend compte que l’ensemble du système capitaliste est atteint, comme un cancer que l’on croyait neutralisé localement se révèle généralisé.

« Les pays les plus atteints l’Angleterre et les Etats unis d’Amérique du Nord ont décidé de procéder à un nouveau calcul de la valeur de leurs produits toxiques qui consiste à les évaluer aux prix qu’ils auraient dans un modèle dans lequel la crise serait jugulée », dit Paul Jorion.

La dette ne sera jamais comblée, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne peut pas s’accroître.

Si donc la crise conduit au chaos, il faut prévoir un accord sur un équilibre factice qui vaudra mieux que le chaos. On peut dire aussi que le fictif deviendra plus réel que le réel.

Einstein fut placé devant un problème analogue en 1905. Au moment où la théorie de la relativité restreinte permettait d’unifier tous les systèmes référentiels dans un espace non-euclidien, il se trouva devant ce paradoxe : la lumière, dont la vitesse est une constante universelle (c) grâce à laquelle on peut établir une continuité entre tous les différents systèmes référentiels, se révélait dans certaines expériences discontinue, sous la contrainte d’une autre constante universelle (h). Einstein eut l’audace de surmonter ce qui apparaissait comme un paradoxe inadmissible. Il fut le premier à admettre que le quantum de Planck, qui associe contradictoirement une valeur continue et une valeur discontinue, n’était pas un artifice, et que l’on devait le considérer comme une entité opératoire. Néanmoins, il chercha une trentaine d’années à surmonter le paradoxe. Il était persuadé que l’on pourrait un jour revenir à la théorie classique. En vain.

Est-ce que l’on avait changé de système ? Oui, puisque l’on passe de l’interprétation relativiste à l’interprétation quantique, mais les règles de chacune d’elles sont toujours respectées dans une certaine limite.

De même, le contenu éthique de la valeur paraît vide dans un système d’échange matériel (comme le vide quantique). Il n’empêche que ce vide est plein d’une autre nature que celle de la valeur d’échange : il est plein de ce que Mauss appelait le “lien d’âmes” nécessaire aux rapports humains. Un “vide-plein” qui doit donner son sens politique aux prestations économiques. La valeur, disqualifiée dans le système capitaliste, réapparaît dès que l’on cesse de la concevoir comme la seule “forme de valeur d’échange”, et qu’on la reconnaît à partir de la réciprocité, auquel cas elle change de “forme”. La monnaie se révèle donc avoir deux natures : l’une d’échange, l’autre de réciprocité.

Les banques centrales doivent se mettre sur la même longueur d’onde à partir d’une monnaie qu’elles doivent considérer comme fictive mais réellement opératoire du point de vue des équilibres économiques dont dépend la survie de l’humanité. L’anticipation de la production qui justifie le crédit des États et des banques centrales doit se fonder sur une autre forme de la valeur que la valeur d’échange, et remplacer la spéculation pour le profit par le bénéfice escompté de la réciprocité.

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Pour citer ce texte :

Dominique TEMPLE, "Le dépassement du système capitaliste", 2011, Octobre 2011, http://dominique.temple.free.fr/reciprocite.php, (consulté le 22 novembre 2017).

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