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Chapitre 2

“Idéologie marxiste” et “théorie moderne de la réciprocité”. Critique des thèses de Alvaro Garcia Linera

2. La fonction symbolique

Dominique TEMPLE | 2010

Résumé

La fonction symbolique apparaît grâce à la réciprocité à l’origine de toutes les civilisations. La représentation originelle de la genèse de la valeur et du sens est partout le sacrifice.

Le symbolique s’exprime par deux Paroles immédiatement circonscrites dans l’imaginaire du lieu et de l’époque.

L’“analogie” qui permet d’exprimer les expériences de l’esprit au moyen des sensations biologiques se renverse dans le fétichisme.

Le fétichisme conduit à l’aliénation des valeurs humaines dans le “pouvoir de domination”.

*

Marx reconnaît que le travail fonde la valeur, il précise que dans le système capitaliste la forme de la valeur est la valeur d’échange et il annonce seulement que le travail libéré de l’exploitation capitaliste est le travail pour autrui dans la réciprocité. Il n’évoque donc que la matrice de la valeur de réciprocité, matrice qu’il reconnaît à la base de toutes les communautés, et non la valeur de réciprocité elle-même.

García Linera préfère envisager les communautés d’un autre point de vue. Pour lui, elles sont des totalités organiques. Le procès du travail dans les communautés archaïques serait lié intimement à celui de la consommation au point d’être régi par la nécessité immédiate. Il y aurait un lien continu entre la production (et la nature qu’elle mobilise) et la consommation comme si l’esprit humain avait pour objectif l’ajustement de l’une à l’autre et donc en quelque sorte un rendement biologique optimum.

Ainsi, il n’y aurait pas de dérivation de la production pour une autre raison que la consommation, et il n’y aurait pas entre l’une et l’autre de hiatus qui permette un recul de la conscience vis-à-vis de leurs finalités complémentaires. La réflexion ne pourrait encore se déployer comme la véritable compétence de l’esprit humain et aucune valeur ne pourrait en résulter.

“El individuo, al tiempo que se reconoce como componente de la naturalidad circundante (siempre lo es, de hecho), se relaciona con ella como ante un poderío vivo omnipresente, no todavía como con su resultado por influjo de su lanorar ; entabla con ella relaciones con intenciones de alcance limitado, presuponiendo su inmediatez y su poderío, lo que muestra hasta qué punto el ser humano no ha logrado aún sobreponerse sobre su naturalidad dada y, por tanto, hasta qué punto no ha logrado afirmarse en plenitud en la realidad del objeto de su ser, la realidad de su esencialidad que es la transformación del universo, del mundo matérial incluido él mismo” [1].

Il semble au contraire que la faculté de se libérer de la complétude organique qui caractérise la vie “biologique” soit l’expression spécifique de l’humanité dès sa naissance. Le Sujet parlant s’affranchit de tout ce qui existe en dissociant l’adéquation biologique de la consommation et de la production puisque c’est lui qui nomme désormais les choses. Dans l’un des deux récits bibliques qui racontent la création, c’est la faculté de nommer les choses qui permet de différencier l’homme de la nature.

Cette séparation qui se traduit par la médiation de la parole est représentée comme une rupture d’avec le monde.

Le rituel qui célèbre cette rupture avec la nature à la naissance du sens est le sacrifice  (lire la définition) aussi bien en Afrique, en Océanie, en Asie, en Europe, en Australie qu’en Amérique. Le sacrifice représente la coupure de l’homme et de la nature et atteste que la conscience se révèle selon son être propre comme fonction symbolique. L’enfant de paix [2] ou bien le prisonnier [3] est sacrifié parce qu’il est la représentation de la part physique et biologique humaine séparée et retirée de la nature afin de produire la conscience de conscience.

Dans la Tradition hébraïque, à laquelle se réfèrent les occidentaux, le sacrifice réel est interdit. La Parole arrête le bras d’Abraham qui voulait sacrifier son fils pour que son sentiment de Dieu s’élève au-dessus de toute contingence et devienne parfaitement pur (la foi). L’objectivation du rituel ne se poursuit pas dans le geste criminel d’une foi aveugle. Le passage à l’acte de ce procès, pour parler comme García Linera, est suspendu par le commandement de la Parole. La valeur produite par la réciprocité est le sentiment de la conscience que l’on dit Dieu, et la Parole est l’acte (le verbe) de Dieu. Aussitôt, la Parole (l’efficience du sentiment) ordonne la reproduction de sa matrice hors de la nature et pour cela requiert la représentation de sa matrice, qu’elle soit donc reproduite hors du réel de façon abstraite et objective. Aussitôt, l’abstraction permet de remplacer l’enfant de paix ou le prisonnier par un signifiant arbitraire, un agneau, un lama, une génisse. La pensée se représente sa propre naissance par le sacrifice en la dissociant du réel et substitue à la reproduction du réel une scène imaginaire où un animal est utilisé en lieu et place du corps humain [4].

Le lien de la communauté humaine n’est-il pas le sens créé par la fonction symbolique  (lire la définition) plutôt que la complémentarité organique des forces productives ?

Si le sacrifice est la mise à distance objective du processus par lequel s’engendre le sentiment qui définit l’être humain, l’objectivation de la conscience révélée à elle-même est l’idée de Dieu, une objectivation immédiatement emprisonnée dans l’imaginaire du lieu et de l’époque ; imaginaire dont on verra qu’il peut devenir la cause d’une aliénation majeure : le fétichisme, l’idolâtrie.

Selon García Linera, l’individu traite la nature comme si elle faisait partie de son propre corps [5]. Cette complémentarité est-elle de nature organique, une incorporation directe aux capacités du corps humain ou bien… l’intégration au domaine de la conscience humaine par la fonction symbolique qui lui donne sens ?

La réciprocité suspend la consommation de la valeur d’usage à la compréhension de ce à quoi est ordonné le rapport social, c’est-à-dire au sens ou à l’intelligence de références éthiques communes.

Dès qu’apparaît la plus petite communauté, « l’atome de parenté », de Lévi-Strauss par exemple [6], le sentiment produit par la réciprocité s’exprime par le langage. Qu’énonce la première Parole de l’Humanité ? Elle se proclame Adam – Homme – “Enawene Nawe” (Nous voici les hommes)… Et aussitôt elle dit sa loi sans laquelle elle ne saurait survivre un instant.

Parmi tous les énoncés qui relatent l’origine de l’homme, il en est un d’une concision et d’une transparence remarquable. Au commencement, dit ce mythe rwandais (Afrique), il y avait deux frères et une sœur, une situation qui donnait à la femme une nature contradictoire comme objet de relations antagonistes entre les deux frères (une femme pour deux ! chacun la désire mais craint le désir de l’autre [7]), l’un des frères franchit la rivière et s’adresse à l’autre : « Ta sœur est mon épouse ». L’autre lui répond : « Ta fille sera mon épouse » [8]. La rivière représente l’altérité qui permet d’échapper à l’inceste. La Parole se présente comme le gage par lequel l’action de l’un devient possible dès qu’elle a du sens pour l’autre, et la réponse de l’autre est entendue avec le sens de son action future. Or, qu’énonce-t-elle cette Parole sinon le principe de réciprocité  (lire la définition)  ? Lorsque le sentiment de “Dieu” parle, qu’énonce-t-il sinon le principe de l’Alliance ou celui de la Filiation ? La réciprocité est immédiatement la matrice du sens, mais la Parole énonce immédiatement comme sa Loi le principe de réciprocité.

Cependant la Parole détermine pour chacun une action polarisée par une représentation unidimensionnelle et non contradictoire (l’un donne quand l’autre reçoit). Le sentiment contradictoire disparaît au bénéfice de deux représentations complémentaires (donner-recevoir, sœur-épouse...). L’efficience de la Parole est proportionnelle à cet évanouissement de la conscience affective et contradictoire au bénéfice de deux représentations objectives et non-contradictoires. La Parole meut désormais des actions relatives l’une à l’autre parce qu’elle leur donne une finalité unidimensionnelle et sans contradiction (donner et recevoir). Mais aussitôt, elle recommande la relation des dons sur le mode de l’alliance, et elle recommande la réciprocité pour tout ce à quoi la réciprocité peut donner du sens (la reproduction du don ou celle de la vengeance...).

Lévi-Strauss a proposé l’idée que les choses engagées dans une relation de réciprocité acquièrent une nature contradictoire que la fonction symbolique transformerait en deux appellations opposées et complémentaires qui pourraient être disposées en face l’une de l’autre afin de permettre l’échange des choses ainsi désignées : par exemple la femme comme symbole du désir de l’homme sera nommée épouse et sœur. La réciprocité permettrait aussitôt l’échange d’une sœur contre une épouse. Même chose pour l’homme nommé frère et mari. Cette modalité de la fonction symbolique est appelée principe d’opposition [9]. Lévi-Strauss souscrit à la thèse de Hobbes : la rareté ou la nécessité conduirait aux échanges. Il précise seulement que l’échange requiert au préalable le principe d’opposition et le principe de réciprocité.

Or, pour nous, le principe de réciprocité crée une situation contradictoire qui donne naissance au principe d’opposition, non pas pour satisfaire un échange mais pour créer un système pérenne de réciprocité (le système dualiste  (lire la définition) , par exemple) de sorte que l’épouse signifie le gage d’une relation de réciprocité et devient donc le symbole d’un impératif catégorique : l’obligation pour l’époux de redonner sa fille ou sa sœur comme épouse à son premier donateur, c’est ce qui apparaît clairement dans l’exemple que nous avons choisi des deux frères dont l’un passe la rivière.

Le principe d’opposition  (lire la définition) permet de reproduire la réciprocité : à l’issue d’une réciprocité d’alliance, chacun ne part pas de son côté satisfait d’avoir réussi un échange, mais reste en face de l’autre parce que c’est la situation de réciprocité ainsi pérennisée qui donne sens à toutes les prestations à venir. Radcliffe-Brown observait chez les Andaman de l’océan Indien où l’on peut voir l’origine de la société dans sa plus grande clarté que les familles de deux jeunes gens unis par le mariage ne se mélangent pas, ne se côtoient pas, mais ne se séparent pas non plus et ne s’ignorent pas non plus et demeurent liées l’une à l’autre perpétuellement en s’offrant réciproquement des cadeaux toute leur vie [10]. La réciprocité dans le réel (l’Alliance  (lire la définition) ) est ainsi reproduite dans la sphère du langage par les cadeaux qui sont des paroles silencieuses anticipant le langage oral.

La théorie de la réciprocité précise donc que la conscience éthique naît de la relativisation de la conscience individuelle (la finalité biologique) de chacun des partenaires de la réciprocité par celle de l’autre : la disparition de ces consciences élémentaires à l’issue de leur relativisation mutuelle est la condition de l’apparition d’une conscience de conscience commune (la conscience humaine proprement dite). Cette conscience nouvelle fait l’épreuve de sa propre révélation par le sentiment de son avènement, qui se traduit comme un commencement absolu sans division ni partie parce que de nature affective. Cette conscience est efficiente par la Parole, et la Parole hérite du caractère absolu de sa nature affective le pouvoir de s’exprimer sous la forme d’un commandement : la Loi morale, qu’il est impossible à qui participe de la réciprocité d’ignorer ou de ne pas ressentir [11].

Pour les communautés, la nature n’est donc pas divine parce qu’elle serait “incomprehensible en el fondo, existente pero indefinible” : (incompréhensible dans le fonds, existant mais indéfinissable). La nature incompréhensible est au contraire le chaos des origines, les ouragans au-delà de la demeure que la conscience révélée à elle–même (Dieu) a construite pour les hommes. La nature est divinisée lorsqu’elle prend sens pour l’homme ; et l’on dit que chaque chose devient divine lorsqu’elle participe du champ de la réciprocité, qui dans les traditions “indigènes” est la demeure divine des hommes.

La nature est divinisée lorsque la conscience lui prête une dignité spirituelle à l’image de l’homme, lorsque la conscience redouble la sensation physique des choses d’une appréhension spirituelle qui n’est autre que leur sens hors de l’espace et du temps (que l’on dit alors éternel), tandis que les sensations que l’on éprouve physiquement s’évanouissent avec le temps. Les Guarani, par exemple, disent que la vraie cigale, l’essence de la cigale, se trouve dans les alentours de Ñande Ru (dans les parages de Notre Père). C’est dire que le sens des êtres est dans la puissance de la conscience de pouvoir les nommer. Et les Achuar soutiennent que tout ce que nous connaissons dans ce monde n’est qu’image d’une puissance spirituelle qui provient d’un monde plus réel où ils se reconnaissent comme “puissants” (kakaram). Pour les Achuar, l’entité vraie est le kakarma, la puissance du guerrier née de la réciprocité des meurtres, et la vie biologique est par rapport à cette vie spirituelle sans valeur. Le guerrier s’exprime par la proclamation (la Parole) de sa “puissance”, une proclamation qui révèle l’image par laquelle il se nomme (son arutam) [12].

Les “indigènes” ne réduisent donc pas l’homme à la nature mais la nature à l’homme. Nombreux sont les peuples qui disent que tous les êtres animés ont été des hommes. Les Yshir (Chamacoco) du Paraguay disent que si les animaux ne sont plus des âmes-paroles, c’est qu’ils ont démérité et qu’ils ont été déchus de leur dignité humaine. Et pourquoi ont-ils été déchus ? C’est, disent-ils, parce qu’ils ont renoncé à la réciprocité. Ils en donnent pour preuve que dès l’instant où l’homme déroge à la réciprocité, il obéit lui aussi à des lois naturelles et se conduit comme un animal [13].

Platon fonde la philosophie sur la reconnaissance des idées qui une fois séparées de l’imaginaire volent de leurs propres ailes et deviennent éternelles. Il remarque dans l’allégorie de la caverne que les hommes sont dupes des ombres portées des essences divines. Tous les peuples ou presque ont remarqué que la spécificité humaine est dite par l’âme-parole, et beaucoup l’ont liée à la réciprocité.

Les Guarani utilisent une représentation sensible pour dire l’éveil de la Conscience : “le soleil qui dissipe les ténèbres”. Ils précisent qu’il ne s’agit pas du soleil de la nature mais du sentiment, et ils prennent la peine d’indiquer que l’image sensible du soleil n’est que le matériau, le référent du langage spirituel [14]. La pomme, l’arbre, le soleil, la pluie, le tonnerre, le serpent, le manioc, le tigre, la feuille, le cœur… la feuille de coca, etc. sont des images sensibles pour des concepts mystiques. Chez les Guarani, la conscience se dit “humaine” avec l’image de Notre Père le tout premier (Ñanderu Vusu). León Cadogan traduit aussi par “Notre Père l’Absolu”, car le commencement est la révélation d’un sentiment dont la nature affective est pur absolu. L’illumination du Monde est dite en un deuxième temps [15].

Le rituel qui met en scène la réciprocité comme la matrice des valeurs humaines affirme parfois lui-même son lien avec la matrice de réciprocité primordiale. Dans les communautés des Andes, il s’accompagne de la pratique dont il est le symbole, comme s’il craignait de perdre contact avec ce qu’il montre de façon objective. Le yatiri sacrifie une nourriture consacrée mais souvent à l’occasion d’un repas commun. Il veille au rituel mais dans des assemblées qui partagent le pain quotidien. Or, le repas est une structure de réciprocité collective – la réciprocité de partage – qui engendre le sentiment d’appartenir à une communauté unie. Les offrandes sont alors consumées dans le rituel pour signifier comment est engendré l’au-delà de la nature primitive mais aussi pour nourrir le sentiment spirituel, c’est-à-dire la faculté de l’esprit de penser de façon juste et saine : il s’agit d’engendrer une conscience qui puisse ensuite s’actualiser en prenant la mesure des choses. Le rituel devient ainsi une technique du symbolique.

Il n’est pas jusqu’à la logique de chacune des deux Paroles  (lire la définition) , l’une qui a pour vecteur le principe d’opposition, l’autre le principe d’union, que le rituel andin n’oblige à respecter [16]. La mesa des yatiri est le symbole de l’hospitalité ou de la réciprocité de partage, mais il y a deux représentations (mesas) de cette réciprocité. Dans l’une, tous les ingrédients sont unis entre eux de façon aussi désordonnée et confuse que possible ; dans l’autre, c’est l’inverse : toute les choses sont ordonnées avec un soin attentif par opposition, les saveurs entre l’aigre et le doux, le chaud et le froid, l’amer et le suave, les couleurs entre le clair et l’obscur ou par couples de complémentaires, etc. Le sacrifice est la représentation de la consumation des forces mises en jeu pour que naisse le sens ; et cette représentation est aussi une représentation de la dynamique des deux Paroles.

Nous sommes en présence d’un outil technologique, comme dit García Linera, mais de technologie du symbolique, comme précise Javier Medina : il s’agit d’une technologie de l’intelligence, un outil qui tourne à vide, si l’on veut, mais pour être prêt à s’actualiser si l’occasion s’en présente [17]. L’occasion est la demande du client ou de la communauté. La demande peut être appropriée : de justice, par exemple, ou inappropriée : qu’il pleuve… Mais toujours elle exprime le désir. Ici, le symbolique ne se prosterne pas devant les forces naturelles qui imposeraient à l’homme de vendre et acheter les femmes, de protéger le territoire contre autrui ou de s’enfermer dans une Totalité afin de survivre dans un monde hostile. Tout au contraire, il reconstruit en miniature la genèse de l’homme à partir de sa matrice ; et les moments de cette genèse sont :

1) la reproduction de la réciprocité primordiale comme matrice de la conscience, matrice de sa liberté vis-à-vis de la nature et de sa révélation comme un être conscient de lui-même,

2) la distinction de la logique propre aux deux Paroles, religieuse et politique, comme techniques ou modalités de la fonction symbolique qui répartit le sens dans toutes choses de façon abstraite puisque le rituel est sans contenu, comme peut l’être un appareil, mais disponible pour recevoir le contenu proposé par la communauté.

Au moment où elle devient l’expression des sentiments produits dans les relations de réciprocité, la Parole obéit à seulement deux vecteurs logiques orientés soit par l’homogénéisation (la force physique), soit par l’hétérogénéisation (la force biologique). Ces deux vecteurs satisfont chacun au principe de non-contradiction qui le polarise. L’un de ces vecteurs focalise les sentiments de tous dans l’union, l’autre les oppose entre les uns et les autres. Les Aymara le disent explicitement : la Parole d’union  (lire la définition) conduit au principe de la marka, et la Parole d’opposition  (lire la définition) au principe des moitiés urin/aran.

Chacune des deux Paroles exige par son premier commandement de reproduire la réciprocité sous peine d’aliénation dans le Pouvoir totalitaire. La chose est possible de deux façons soit par la reproduction des conditions de sa naissance, comme nous le rappelle le rituel du sacrifice, soit par la production de nouvelles structures de réciprocité génératrices de valeurs ou de sens : le discours et l’art.

Mais à ce niveau d’actualisation de la Parole, si la réciprocité n’est pas reproduite, la Parole restera tributaire de sa polarité dialectique, et l’action qu’elle commandera ne sera plus que l’exercice d’une force, autrement dit, la Parole se transformera en pouvoir de domination.

Le seuil entre l’animal qui obéit à ses fonctions vitales et l’humain qui suspend ses énergies vitales pour créer la bonne distance sociale (l’“espace social”, pour reprendre une expression de García Linera) qui se traduit par le respect, doit donc se reproduire mutatis mutandis au niveau de la Parole. Ainsi, la Parole doit-elle être mise à l’épreuve par la Parole de l’autre qui relativise sa polarité et son pouvoir. C’est de la relativisation de la Parole par la Parole d’autrui que naît une première objectivité symbolique, selon le sens que donne à ce terme Cassirer : ce qui est référence pour l’un comme pour l’autre.

Puisque chacune des deux Paroles est polarisée de façon unidimensionnelle, là se trouve la clé du Pouvoir, du Pouvoir politique et du Pouvoir religieux : si cette polarité devient exclusive, la Parole devient en effet totalitaire. Le totalitarisme de la Parole d’union rivalise donc avec le totalitarisme de la Parole d’opposition.

L’aliénation de la Parole dans le Pouvoir de domination a cependant une origine plus profonde. C’est dès le commencement que peut naître le totalitarisme.

L’analogie – entre la sensation spirituelle et la sensation biologique – qui permet aux premiers hommes d’exprimer leurs sentiments spirituels nés de la réciprocité en faisant appel à des sensations biologiques peut être inversée, ce qui revient à créditer les forces physiques d’une origine spirituelle : l’analogie mystique se renverse en analogie fétichiste  (lire la définition)  [18]. Cette inversion fétichiste se nomme l’erreur chez les Guarani [19], la tentation chez les Hébreux [20], le jeu chez les Achuar [21]. L’analogie fétichiste permet d’interpréter les forces physiques ou biologiques comme des esprits, tandis que l’analogie mystique se sert des sensations biologiques pour signifier des révélations spirituelles. Lorsque l’homme met au compte de la nature sa puissance divine, il invente les Démons [22].

Que l’esprit oscille entre le symbolique et le fétichisme est sans doute inhérent à la condition humaine comme si l’un était nécessaire au progrès de l’autre. Par exemple, les biens matériels qui acquièrent leur valeur de la réciprocité la transmettent à qui les reçoit, mais ces biens acquièrent de leur donation, pourvu qu’elle ait à nouveau lieu dans une structure de réciprocité, une nouvelle valeur. Ainsi s’accroît la valeur de réciprocité comme si le fétichisme de la valeur devenait l’occasion d’un surcroît de puissance symbolique ! Il en est de même dans la réciprocité négative : le kakarma se représente dans les irisations d’un cristal de quartz. Mais lorsqu’un chaman offre un cristal à un autre chaman, il lui transmet sa force meurtrière. Elle vaut néanmoins au premier un respect supérieur qui se traduira par ce qu’il peut attendre d’un inférieur dans la hiérarchie de la réciprocité des dons : c’est-à-dire une carabine ou des balles… nécessaires à la reproduction de la réciprocité négative originelle. Y compris dans la réciprocité négative, le but de la réciprocité demeure la vie spirituelle et en aucun cas la vie biologique. Hans Staden raconte que jadis les prêtres Guarani, qui “par des rites mystérieux” réussissaient à capturer la puissance de l’esprit engendré par le sacrifice du prisonnier, redistribuaient cette puissance en soufflant dans des calebasses transformées en tabernacles et en murmurant le commandement de la réciprocité négative : faire de nombreux prisonniers pour procéder à de grands sacrifices afin de reproduire le cycle de la vengeance [23]. Les prêtres Guarani confiaient aux calebasses des guerriers leur commandement de faire des prisonniers pour le sacrifice : la nuit qui précède le combat, ils priaient et dansaient pour recevoir en rêve la vision de leurs prisonniers. Les Guarani obéissaient au commandement de la Parole retenue dans la calebasse comme les fidèles chrétiens au commandement de la Parole retenue dans leur ciboire. Les hochets-calebasses parlaient car ils transmettaient la valeur de la réciprocité négative et traduisaient l’énergie d’une foi religieuse, l’efficience du verbe qui exerçait une totale emprise sur leur comportement et leur vie.

Dès lors, si chaque événement reçoit du sens de la réciprocité que traduit la parole qui le nomme, il n’est pas d’événement affectant les hommes que l’on ne puisse imputer à une parole. Un accident mortel est interprété par les Achuar comme l’effet d’une parole nécessairement énoncée par un ennemi visible ou invisible, c’est-à-dire un esprit. Voici venue l’heure des chamans [24] !

De nombreuses communautés attribuent une telle force à la Parole qu’elles imaginent que l’efficience de la nature est l’effet d’une parole prononcée par quelqu’un ; et si ce quelqu’un est invisible, c’est que cette Parole est prononcée par un pur esprit. Dans la phase chamanique du langage, les hommes interprètent l’efficience des forces de la nature comme l’action d’une parole : ils postulent du mana derrière chacune de ces paroles. Le fétichisme crédite toute force de la nature d’être l’effet d’un esprit. Le monde est ainsi enchanté d’esprits imaginaires.

L’homme dès lors respecte et même craint les forces qui ne s’apprivoisent pas, qui lui imposent leurs caprices, car elles sont censées témoigner de ces esprits. Il y a dès lors des esprits favorables avec qui l’on pratique la réciprocité positive, et il y a des esprits maléfiques avec qui l’on pratique la réciprocité négative.

En prêtant pour cause à toute efficience de la nature la parole d’un esprit, les chamans enchantent le monde et lui assurent une cohérence dite divine. Or, cette divinité demeure invisible et imprévisible (d’où peut-être, pour l’observateur occidental, l’illusion que l’invisibilité ou l’imprévision soit la cause d’un pouvoir incompréhensible, ce qui est pour lui le divin). Et les occidentaux peuvent alors s’imaginer le sentiment des “indigènes” comme une sorte de crainte provoquée par l’inconnaissable, crainte qui justifierait leur idée que les indigènes respectent une divinité redoutable dans le chaos. Mais c’est là prêter aux “indigènes” des sentiments et des conceptions élémentaires.

Il est donc vrai qu’il y a coopération de l’homme et de la nature dans les communautés, et qu’il existe un lien entre elles. Néanmoins, la définition du chaos et celle du divin sont inverses de celles proposées par García Linera : ce qui est hors de la réciprocité est le chaos, ce qui est dans la réciprocité est divin (a du sens, du mana, disent les anthropologues).

Les sociétés qui maîtrisent la réciprocité positive et la réciprocité négative donnent généralement l’avantage à l’une ou à l’autre, ou encore l’avantage à l’une dans un domaine d’activité et l’avantage à l’autre dans un autre domaine. Ainsi, les sociétés Guarani organisaient de vastes territoires agricoles (teko’a) par la réciprocité positive, et réservaient la réciprocité négative aux relations guerrières à la limite de leur teko’a. Or, l’imaginaire de la forme de réciprocité préférée va caractériser la valeur produite comme le Bien, et par conséquent l’imaginaire de la réciprocité inverse va caractériser la valeur qu’elle produit comme le Mal. Pour les sociétés organisées par réciprocité positive, les esprits qui président aux relations internes de la communauté sont des esprits protecteurs, les esprits du Bien [25], et les esprits de la réciprocité négative sont le Mal. Au caractère d’invisibilité s’ajoutera pour les esprits du Mal celui de venir de l’inconnu, du lointain, comme les esprits de la société capitaliste pour les Huni Kuin (Cashinawa) du Brésil et du Pérou, ou les esprits de la forêt pour les Enawene Nawe du Brésil, par exemple. Si les communautés sont organisées par réciprocité négative, c’est l’inverse : les esprits de la réciprocité négative sont le Bien, à l’intérieur de la communauté du moins. Quoi qu’il en soit, les esprits, qu’ils soient du Bien ou du Mal, signifient un premier essai de compréhension du monde à partir de son intégration ou non-intégration à la réciprocité [26].

Si le fétichisme est une dérive du symbolique qui s’aliène dans la nature physique ou biologique des choses, le symbolique n’en demeure pas moins la source du sens. Les esprits, si redoutables et craints soient-ils, sont les consciences indivises des hommes, consciences qui entretiennent entre elles des relations complexes : les esprits dialoguent, commercent, s’apprivoisent. Quand un homme se dit en possession d’un esprit, c’est qu’il est capable de faire ce que la conscience révélée – qui s’impose à lui dans sa communauté – lui commande comme action. Que le prêtre ait la sensation que la communauté ne peut déroger à la Loi qu’il énonce signifie qu’il a la volonté de réaliser le commandement de la Loi. La Tradition hébraïque l’enseigne aux occidentaux : Moïse brisa les tables de la Loi lorsqu’il constata que ses commandements n’étaient pas respectés et s’en retourna à la source du sens. Il détruisit l’idole :

« Je pris le péché que vous aviez fait, le veau d’or, je le brûlai au feu, je le broyai jusqu’à ce qu’il fût bien réduit en poudre, et je jetai cette poudre dans le torrent qui descend de la montagne ». (Deutéronome. Chap X).

Il revint avec la Parole écrite sur les nouvelles tables de pierre : la source de la Parole, le Sens lui-même, ici Dieu, c’est lui qui dicte la Loi et non l’Imaginaire !

Le fétichisme n’est pas réservé à la société occidentale. Les communautés peuvent aussi fétichiser la valeur dans leur imaginaire ! Si la critique du fétichisme de la valeur d’échange met en lumière la genèse de la valeur d’échange, de même, la critique du fétichisme de la valeur dans l’imaginaire des communautés permet de dévoiler la genèse de la valeur de réciprocité.

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Pour citer ce texte :

Dominique TEMPLE, "La fonction symbolique", “Idéologie marxiste” et “théorie moderne de la réciprocité”. Critique des thèses de Alvaro Garcia Linera, 2010, http://dominique.temple.free.fr/reciprocite.php, (consulté le 19 octobre 2017).

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Notes

[1] LINERA, Álvaro García. Forma valor y forma comunidad. La Paz : Muela del diablo editores, 2009, pp. 146-147.

[2] RICHARDSON, Don. Peace child. (1974) ; Trad. fr. : L’Enfant de Paix. Miami : éd. Vida, Florida, 1981.

[3] STADEN, Hans. Verdadera historia y descripción de un país de salvajes desnudos. (1557). Barcelona : Argos Vergara, Biblioteca del Afil, España, 1983.

[4] Dans les communautés amérindiennes, nous avons reconnu un rituel proche de celui d’Abraham. Chez les Ayoreo du Paraguay, à certaine époque, la communauté appelle un oiseau de nuit : s’il répond, le sacrifice est “suspendu”. Si l’oiseau ne répond pas, le sacrifice doit avoir lieu, seul moyen de payer Dieu de son absence ou de son silence : l’“autorité principale” de la communauté doit alors sacrifier son premier-né. La cérémonie reproduit un état de crise aussi dramatique que le couteau d’Abraham.

[5] « Cela n’enlève pas, certes, d’une part la transcendance de la richesse de la relation entre l’être humain et la nature dans ces formes de travail non-capitalistes qui ont permis à l’être humain d’assumer face à elle une attitude de complémentarité organique radicale, c’est-à-dire la traiter comme corps vivant immédiatement attaché dans son destin et son utilité à l’individu pour faire partie de sa corporalité ». Texte original : “Eso no quita, ciertamente, por una parte la trascendencia de la riqueza de la relación entre el ser humano y la naturaleza en estas formas laborales no capitalistas, que han permitido al ser humano asumir frente a ella una actitud de radical complementación orgánica, es decir, tratarla como cuerpo vivo inmediatamente ligado en su destino y su utilidad al individuo por formar parte de su corporeidad”. (Forma valor, p. 147).

[6] Dans la théorie de l’Alliance, toute famille est le résultat de l’union de deux familles constituant un réseau de réciprocité et dont la maille est définie par les relations du père, de la mère, du fils et de l’oncle maternel : l’atome de parenté lévistraussien.

[7] S’il y a une femme pour deux, elle est l’objet du désir pour chacun d’eux, mais chacun doit craindre son rival d’où une situation contradictoire entre le désir et la crainte : si elle est divisée en épouse et sœur, elle est la sœur de l’un et donc l’épouse de l’autre, l’autre étant nécessairement celui qui “franchit la rivière”… Selon Lévi-Strauss, l’échange permettra à chacun d’obtenir une épouse contre une sœur.

[8] Une femme sans enfant déroba le cœur d’une victime divinatoire d’une vache et le mit dans une jarre remplie quotidiennement de lait frais pendant neuf mois : ce fut Sabizeze qui eut ensuite un frère Mututsi et une sœur Nyirarukangaga. “Mututsi se maria avec sa nièce née du mariage incestueux : mais préalablement, une fiction liturgique (sic) rendit l’union possible : Mututsi fonda son foyer au delà de la rivière pour devenir étranger au clan de son frère”… Ce fut Sabizeze qui se mua en Gihanga. Les descendants de Mututsi sont dits Bega : ceux de l’autre berge. Cf. GASARABWE, Edouard. Le geste rwanda. Paris : Union Générale d’éditions 10/18, 1978.

[9] Cf. TEMPLE, D. (1997) “Hommage à Lévi-Strauss.

[10] MAUSS, Marcel. “Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques”. Sociologie et anthropologie. Paris : PUF (1950), 1991.

[11] En sens inverse, il est impossible à qui ne participe pas d’une relation de réciprocité d’éprouver un tel sentiment.

[12] Cf. D. TEMPLE & M. CHABAL, “La réciprocité négative chez les Jivaros”. In La réciprocité et la naissance des valeurs humaines. Paris : L’Harmattan, 1995. Lire de D. TEMPLE (2004) “Le surnaturel, réel Tupinamba”.

[13] Après avoir accepté de raconter la genèse selon sa Tradition devant une partie de son peuple, à Fuerte Olimpo (Paraguay), Cécilio Baez conclut avec force sur le thème du dernier homme (l’homme réciproque). Je lui demandai si la parole d’Esnuwarta (Dieu) ne prévoyait pas la résurrection de l’homme réciproque après le triomphe de Nemur (Nemur, que Cecilio Baez, pour la compréhension des jeunes Chamacoco élevés dans une mission chrétienne, avait assimilé au Diable, vit seul, sans relation avec autrui). Il répondit que l’homme était désormais seul comme Nemur. Il considérait que le temps de l’homme Chamacoco, qui vivait en communauté, était révolu. Je le quittai sur ces derniers mots qu’il dit avec colère. Il me rejoignit cependant dans la nuit pour me demander de prendre une photographie de lui car il avait aperçu un appareil de photo dans les mains de l’enfant qui m’accompagnait. Je lui dis qu’il n’était pas possible de prendre une photographie de nuit. Il répondit qu’il avait le “pouvoir de faire la lumière” et que “l’image apparaîtrait”. Aujourd’hui, j’interprète ce vœux comme l’espoir que l’homme réciproque l’emporte sur l’homme seul.

[14] Commentaires à l’Essai Qhathu/feria de Simón Yampara par Dominique Temple, publié dans YAMPARA, Simón & Dominique TEMPLE, Matrices de Civilización : sobre la teoría económica de los pueblos andinos. La Paz : Ediciones Qamañ Pacha, 2008.

[15] CADOGAN, León. Ayvu Rapyta. Textos míticos de los Mbyá-Guaraní del Guairá. (1959). Asunción del Paraguay, 1992.

[16] Cf. TEMPLE, D. (2003) “Les deux Paroles”.

[17] MEDINA, Javier. “Qué Bolivia, entonces, es posible y deseable”. In La comprensión indígena de la Vida Buena. La Paz : GTZ, 2001 ; y ¿Qué Bolivia es posible y deseable ? Repensar lo local desde lo global. La Paz : Garza Azul Editores, 2006.

[18] Entre la tentation totalitaire de la Parole qui conduit au fétichisme et le dialogue, le seuil est critique. Dès lors, on comprend pourquoi il est nécessaire de distinguer non seulement les trois formes  (lire la définition) de réciprocité (positive, négative et symétrique), mais aussi les trois niveaux  (lire la définition) de réciprocité (réel, imaginaire et symbolique), et cela pour chacune des structures fondamentales  (lire la définition) de la réciprocité.

[19] CADOGAN, León. Textos míticos de los Mbyá-Guaraní del Guairá. (1959). Biblioteca Paraguaya de Antropología, vol. XVI, 1992, pp. 118-143.

[20] Genèse. Chapitre III.

[21] HARNER, M. J. The Jívaro ; Trad. franç. : Les Jivaros. Paris : Payot, 1977, pp. 67-68.

[22] L’homme dépasse son incomplétude par la Parole qui est appel à l’autre, et la réciprocité du langage est dès lors créatrice d’un au-delà de l’imaginaire. Mais la Parole peut se contenter de l’affirmation de soi, solipsisme qui conduit à ce que l’on appelait jadis le diable, et aujourd’hui l’aliénation. Le diable est non pas ce que la Parole combat mais le référent à soi, qui s’insère au cœur de la Parole comme tentative de glorification du locuteur et Pouvoir de domination de soi sur les autres. La Parole a pour fonction de signifier pour soi autant que pour autrui, ce qui a pour effet de reproduire aussitôt avec les conditions d’existence d’autrui, la matrice de sa naissance. La renaissance du sens ou de plus de sens, plus-value de la réciprocité, est assurée par la reproduction de la réciprocité dans la structure même du langage.

[23] Cf. STADEN, Hans. Verdadera historia y descripción de un país de salvajes desnudos, op. cit. Lire de D. TEMPLE, (2004) “La réciprocité négative chez les Tupinamba”. Version française du chapitre “El nombre que viene por la venganza” du livre de MELIÀ, Bartomeu & Dominique TEMPLE : El don, la venganza y otras formas de economía guaraní. Centro de Estudios Paraguayos Antonio Guasch, Asunción de Paraguay, 2004.

[24] Que le monde soit enchanté par des esprits (l’animisme) ou un dieu (monothéisme) dépend de la structure de réciprocité qui préside à la naissance de la conscience. Mais dans tous les cas, la nature est divinisée dès qu’elle entre dans la sphère spirituelle créée par la relation de réciprocité, tandis qu’elle est chaos lorsqu’elle en est absente.

[25] Cf. TEMPLE, D. “Estructura Comunitaria y reciprocidad”. Chile : Huerrquen Admapu, mai 1986 (1re partie), juin-décembre 1986 (2de partie) ; réed. La Paz : Hisbol-Chitakolla, 1989 ; publié aussi dans Teoría. Tome III, op. cit.

[26] Cf. TEMPLE, D. (2003) “Les deux Paroles”.