Accueil > Journal > 2012 > Grammaire des mammifères de William PELLIER
  • Ce texte se réfère principalement
    aux notions suivantes

Glossaire


Haut de page

2012

Grammaire des mammifères de William PELLIER

Dominique TEMPLE |

THÉÂTRE

“La Grammaire des Mammifères”, créée à Lyon par la Compagnie Locus Solus au théâtre “Les Ateliers”, puis par le Chœur du Théâtre de Clermont-L’Hérault, se présente comme une série de textes courts, rapides, incisifs, tirés de la pratique des relations sociales, puis élagués afin qu’apparaissent ses éléments déterminants et leur mode de fonctionnement. Il finit par être réduit à ses articulations, à son lexique. Toute tentative d’illustration, de commentaire de jugement est écartée au bénéfice de l’analyse lexicale. Il ne s’agit pas d’estampes ou de caricatures, de critique ou de parodie, ni de questionner les fondamentaux de la société mais plutôt de dénuder sur le vif jusqu’aux onomatopées phonématiques, le langage de la société contemporaine, société de spectacle comprise. Il apparaît alors que la grammaire de cette société n’est qu’une grammaire de mammifère, une réalité qui fait froid dans le dos.

La mise à plat des constituants du langage, l’absence de toute relation causale ou dialectique entre les exemples énoncés pour leur seule valeur logique, tout jugement de valeur exclu, autorise quiconque serait hors jeu de cette société d’en sourire. Mais la Grammaire ne fait pas seulement de l’anatomie elle fait aussi de la physiologie, et il apparaît ainsi qu’elle s’impose à tous y compris l’acteur et le spectateur, et même l’auteur. Pour “se sortir de là”, il faudrait pouvoir renoncer à toutes les histoires qui s’échafaudent à partir de la grammaire !

Comme le dit Jean Grapin : « De la séance d’hypnose à celle de formatage des recrutements en ressources humaines elle épuise toutes les formes de domination exercées par la représentation jusqu’à y compris celle de la forme ultime du théâtre classique expulsant le représentant de l’auteur ou celles plus perverses du théâtre témoignage ou de l’auto fiction (...) Tout sauf satire, “Grammaire des mammifères” dans cet appel au dépassement de la situation théâtrale se présente comme une utopie démocratique, un questionnement sur la chose en commun celle d’une joie de vivre partagée. Comme un anti outrage au public ».

La Grammaire crée en effet un hiatus entre le monde des relations qu’elle autorise et soi. Elle joue comme l’huile dans un roulement à bille pour éviter aux billes de s’user. Dans son intervention “La grammaire pour quoi faire” l’auteur s’immerge dans ces mécanismes où “tout est matériau” et “fonctionnement objectif”, où les éléments de la grammaire fonctionnent comme des masques mais sans aucune réduction phénoménologique à laquelle ils sont normalement destinés, leur envers devenant leur endroit au cours de manipulations gratuites, au point que la conscience ne s’éclaire plus que de la translucidité du vide. D’un point de vue philosophique un tel propos dépasse le situationnisme qui se disait conscience de l’impasse de la société de spectacle, mais se concluait par le suicide des protagonistes. Par delà tout pessimisme révolutionnaire, la lucidité de William PELLIER permet d’échapper aux usages et aux représentations de ce monde.

Dominique TEMPLE,

Montarnaud, 15 janvier 2012

*

Grammaire des mammifères, Éditions Espaces 34, 2005

Pour citer ce texte :

Dominique TEMPLE, "Grammaire des mammifères de William PELLIER", 2012, , http://dominique.temple.free.fr/reciprocite.php, (consulté le 24 novembre 2017).

Haut de page