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Paris : Diffusion Inti, 1983, 50 p.

Lire en espagnol : La dialéctica del don. La Paz : Hisbol, 1986, réed. 1995.

Publications

La dialectique du don

Dominique TEMPLE | 1983

Résumé :

Dans un système de réciprocité des dons, plus on donne plus on est reconnu socialement. La reconnaissance se traduit en autorité politique. Mais pour donner, il faut produire, d’où une économie dont les principes sont inverses de ceux de l’économie occidentale. Le don et le contre-don appartiennent à une dialectique polarisée par le prestige. Cette polarité interdit la réduction du don et du contre-don à un échange, et celle de la surenchère du don à l’intérêt du premier donateur.

De nombreux économistes qui s’inquiètent d’alternatives pour les communautés indigènes se réfèrent à l’ouvrage d’anthropologie économique de Marshall Sahlins traduit en français sous le titre Âge de pierre, âge d’abondance ; ouvrage qui illustre les efforts de l’anthropologie pour échapper aux schémas traditionnels de l’économie politique. Mais les thèses de M. Sahlins elles-mêmes entretiennent des ambiguïtés sur les principes de développement des systèmes communautaires. Marshall Sahlins reconnaît la spécificité du don, mais comme Marcel Mauss il imagine un donateur qui interprète le contre-don comme un échange. La réciprocité, de ce fait, est mi-don mi-échange.

Pour justifier la surabondance que l’on observe dans les sociétés de réciprocité Sahlins fait alors intervenir l’intérêt qui inciterait un membre du groupe à échanger ses services avec la communauté, comme Lévi-Strauss imaginait, pour expliquer la polygamie, que le guerrier le plus puissant offrait aux autres la sécurité en échange des femmes. Le chef proposerait ses services contre une surproduction de biens matériels dont il assurerait la redistribution. L’idéologie du chef ne s’explique ici que de façon négative : encloses sur elles-mêmes, les communautés primitives seraient incapables de se dépasser, condamnées à dépérir. Dès lors, le chef serait l’homme providentiel qui donnerait à la communauté des buts imaginaires pour surmonter cette menace de chaos.

Sahlins envisage la réciprocité comme la circulation de valeurs d’usage au lieu de l’envisager comme la re-production de ces valeurs d’usage. Il fait d’autre part l’impasse sur la production du mana, valeur morale d’origine inexpliquée, plus ou moins associée à l’intérêt de chaque partenaire. Mais si l’on produit le mana par la réciprocité des dons, et si pour donner il faut produire ce qui doit être donné, il n’est pas besoin d’expliquer l’inégalité introduite par le chef dans la réciprocité comme le résultat d’une idéologie extérieure, la source de l’idéologie est le sentiment d’humanité : plus on donne plus on est grand. Il n’est pas nécessaire non plus d’imaginer que les sociétés de réciprocité primitives sont improductives de surplus. L’abondance dans les sociétés primitives s’explique naturellement car la réciprocité est doublement productive de valeur spirituelle et des choses « bonnes à donner »...

Le prestige est au centre d’une réflexion inachevée de Marcel Mauss. Le hau des Maori, le mana des Polynésiens, est selon eux la raison de la circulation des dons. Mauss observe que pour rendre compte de cette circulation, les Maori commentent un cycle ternaire : A donne à B qui donne à C, lequel rend à B qui redonne à A. Mauss pense que les Maori veulent expliquer la réciprocité des dons en donnant un visage au mana. Le troisième partenaire serait nécessaire pour visualiser une valeur morale.

L’interprétation de Mauss a été condamnée par Claude Lévi-Strauss qui prétend que les Maori, ne sachant reconnaître l’échange comme moteur caché de la réciprocité des dons, invoquent un deus ex machina, le mana. Mais la thèse de Mauss n’est peut-être qu’incomplète. Il est vrai que si le mana était le propre du donateur, ce que Mauss laisse accroire, Lévi-Strauss serait habilité à récuser un tel ciment affectif pour souder entre elles les célèbres obligations (donner, recevoir et rendre) autrement inexplicables.

Mais la thèse de Mauss suggère une autre solution : le hau ou le mana ne sont pas une valeur déjà instituée comme le propre du donateur mais la valeur produite par la réciprocité. Dans le face à face de la réciprocité, cette valeur éthique est partagée par les protagonistes comme un Tiers inclus. Pour mettre en évidence ce Tiers, il est possible de faire appel à une structure qui ne soit pas un stratagème, comme l’imagine Mauss, mais une structure de réciprocité bien concrète, ternaire au lieu d’être binaire (celle qui est sous-jacente à l’échange généralisé de Lévi-Strauss) et qui permet à chaque partenaire d’incarner entre ses deux autres partenaires le Tiers inclus. Ainsi s’éclairerait l’énigme de Ranaipiri. Chaque partenaire du cycle de réciprocité est bien responsable du sentiment de justice mais parce qu’un tel sentiment est le produit de la structure ternaire de la réciprocité.

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Lire cet article : « La Dialectique du don ».

Lire également en espagnol : Estructura comunitaria y reciprocidad. La Paz : Hisbol-Chitakolla, 1989.

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