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avril 2019

« Ce que nous voulons ! »

Dominique Temple

Attention !

Il ne s’agit pas de doléances. Nous n’avons plus le temps. Il s’agit de mesures qui nous permettent de dépasser le système capitaliste, plus exactement de notre contribution aux propositions dont la convergence fera naître une société nouvelle. Le système capitaliste est en Europe à son zénith, au seuil de sa chute. Il s’agit de faire en sorte que son autolyse n’entraîne pas le chaos social.

Dans l’esprit d’une transition douce en un système plus humain, nous proposons :

– Le revenu de base universel

– l’interdiction de la spéculation, le plafonnement du profit

– l’inaliénabilité de la propriété des biens premiers et sociétaux

– la progressivité de l’impôt sur la consommation des ressources énergétiques

– le respect des équilibres biologiques de la nature

– la responsabilité citoyenne de l’affectation des impôts

– l’interdiction de la production d’armes offensives

– la démolition du parc nucléaire

– la reconnaissance du pouvoir de l’assemblée des maires de France : droit de veto sur les décrets du gouvernement et de répudiation des ministres impopulaires.

– une nouvelle Constitution qui

– mette fin à l’énarchie, et au régime présidentiel,

– fasse usage de la démocratie directe,

– respecte le droit à la réciprocité.

Arguments

La démocratie peut s’exercer désormais en temps réel par la participation active et directe des citoyens grâce à l’internet, aux réseaux sociaux et au référendum d’initiative populaire (proposition et sanction).

Nous voulons modifier le régime présidentiel tel qu’il fonctionne actuellement et renforcer la démocratie, libérer les parlementaires des idéologies des partis qui les contrôlent. Ils doivent être plus nombreux pour être plus proches de leurs concitoyens et pouvoir constituer des alliances multiples à l’assemblée selon les questions à débattre.

Les maires sont actuellement les seuls représentants du peuple qui prennent quotidiennement en charge des problèmes réels de la société. Il importe donc qu’ils aient un droit de regard sur les dispositions de l’exécutif, soit pour sanctionner ses erreurs soit pour proposer des alternatives. L’assemblée des maires de France peut jouer un rôle politique dans la représentation de la volonté des citoyens et le contrôle de l’exécutif.

Tous les citoyens se doivent mutuellement assistance pour bénéficier de ce que la nature était capable de leur offrir, c’est-à-dire un toit et les moyens de subsistance qui devraient être dits universels et inaliénables. Or, ni l’un ni l’autre de ces droits n’est aujourd’hui assuré pour tous du fait que ceux qui en sont pourvus n’en consentent la jouissance à ceux qui en sont privés qu’au prix d’une rente exorbitante ou d’une exploitation indécente de leur force de travail. Ceux qui sont privés de leur droit ne peuvent renverser l’état des choses parce que la propriété a été privatisée. Nous voulons l’inaliénabilité de la propriété universelle et des communs, que tous les citoyens aient droit à une habitation personnelle, et que la privatisation des ressources naturelles soit abrogée.

La société se doit de corriger les inégalités dues aux accidents, par l’entraide, l’assistance mutuelle. La Sécurité sociale répond à cette obligation pour la protection et la santé. Mais elle n’est pas à la hauteur

– pour les conditions de vie (l’environnement),

– pour l’enseignement, réservé préférentiellement à la bourgeoisie et orienté selon les nécessités de la progression du capital,

– pour la formation actuellement soumise aux seuls besoins des entreprises capitalistes.

– Elle n’est pas à la hauteur non plus pour assurer le plein emploi selon les dispositions et la vocation de chacun. Dans une société où la plupart des besoins élémentaires sont assurés par une médiation monétaire, un revenu universel de base est obligatoire. Il y a d’ailleurs consensus sur ce sujet. Les nantis, qui justifient l’inégalité de la répartition des richesses par l’amélioration des conditions de tout le monde, se doivent de circonvenir l’exclusion par un revenu minimum qui soit sans aucune obligation sous peine de restaurer la servitude ou l’esclavage. Les plus démunis ou les exclus interprètent l’allocation universelle ou le revenu minimum comme le moyen de vivre autrement grâce à une autre économie, aux réseaux sociaux de réciprocité, et comme le moyen de mettre fin à leur dépendance vis-à-vis de ceux qui exploitent leur situation précaire.

La diminution du temps de travail salarié pénible est la libération du travail libre parce que le temps libéré est immédiatement investi dans un travail qui trouve son plein emploi dans les relations réciproques ou qui participe au service public. Encore faut-il que le droit du travail soit libéré de la loi d’airain du profit capitaliste, et de ses entraves administratives.

Plus fondamentalement, puisque la réciprocité est dans toutes les communautés humaines le principe des relations sociales qui engendrent les sentiments de liberté, de solidarité, de responsabilité, de confiance et de justice, la réciprocité est un droit. L’État doit reconnaître toutes les relations de réciprocité fondamentales sans lesquelles aucune société ne peut se construire, l’alliance, la filiation, le partage, la redistribution, le marché. Il doit veiller à leur complète harmonie les unes avec les autres et protéger leurs territoires d’interfaces institutionnels (Cf. D. Temple, L’économie politique).

Nous savons tous (y compris les idéologues du libéralisme économique) qu’un système dont le critère d’évaluation est le profit conduit à une compétition qui projette l’humanité dans le vide par l’extinction des ressources et la pollution de l’environnement jusqu’au dérèglement des équilibres planétaires et la mort du plus grand nombre. Une génération habituée à penser la croissance infinie sur une planète sans limites est encore au pouvoir. Cette génération est disqualifiée par son inconscience ou son incompétence. Elle conduit l’humanité au désastre. Notre génération doit tourner la page. Et puisque le profit ne peut plus être le critère d’évaluation du progrès économique, il faut le remplacer par un autre critère. Les actuels gérants de l’ordre public prétendent que le passage immédiat à une économie dont le profit serait purement et simplement supprimé est impossible parce que les pays en voie de développement qui entendent s’aligner sur les pays qui les ont saignés à blanc pendant des décennies ne l’accepteraient pas, et qu’il s’ensuivra le chaos. Il faut donc proposer une sortie en douceur de l’économie de profit et nous proposons un plafonnement du profit et son indexation sur le revenu de base (des dividendes des actionnaires, qui n’ont jamais été aussi hauts – entreprises du CAC 40 : dividendes augmentés de 13 % cette année !), et la réduction des salaires trop élevés (des chefs d’entreprise, des hauts fonctionnaires et du personnel politique).

Que des peuples entiers soient dirigés par des financiers et des traders qui spéculent sur le travail d’autrui et sur l’effondrement de telle ou telle société ou État dans l’espoir de bénéficier de retours importants sur les crédits alloués à ceux qui les mettent en faillite est au moins une imposture. Nous demandons l’interdiction de la spéculation et des paris financiers.

Le peuple français est le troisième producteur d’armes du monde. Toutes ces armes doivent être consommées pour produire plus. Le capitalisme français est ainsi le commanditaire des guerres perpétrées par ses clients. Il collabore au crime contre l’humanité quotidiennement. Nous voulons l’arrêt immédiat et sans condition de la production des constituants chimiques, physiques et nucléaires des munitions et des armes offensives françaises, qui n’ont d’autre raison que de rapporter de l’argent aux lobbys du pouvoir en France. Il est impossible de disposer des armes nucléaires sans que toutes les nations ne soient justifiées d’en produire l’équivalent. Nous demandons le démantèlement du parc nucléaire national, d’autant plus que celui-ci ne constitue plus qu’une cible meurtrière pour ceux qui nous survivront.

Enfin tout le monde exige que la marine nationale, conformément au droit et à l’éthique de la mer, se porte au secours des naufragés qui se noient dans la méditerranée.

Une nouvelle économie fondée sur la réciprocité productive et le partage de la redistribution implique que le rôle de l’État soit modifié. Aujourd’hui, parce qu’il est au service de l’économie capitaliste l’État frappe de taxes la consommation d’énergie à la base (la taxe sur l’essence par exemple) et les diminue au fur et à mesure de la croissance de la consommation. La justification de cette inégalité est de favoriser la production industrielle afin qu’elle puisse soutenir la compétition avec les compagnies étrangères. La décroissance de l’économie capitaliste et la croissance d’une économie humaine exigent de supprimer l’aide à la compétition capitaliste : l’usage des ressources énergétiques nécessaires doit être mis à la disposition de tous au moindre coût (la gratuité pour les biens premiers) et les taxes doivent augmenter proportionnellement avec leur consommation.

L’économie capitaliste met la nature et la planète en danger. L’obligation de respecter les équilibres naturels et la vie sur la planète, les relations physiques et biologiques sur lesquelles repose l’existence de la société conduisent à de nouveaux droits. Les nouvelles générations veulent choisir l’affectation des impôts prélevés par l’État parce que ces droits (de la nature, de la Terre...) sont de leur responsabilité, et que les limites de la planète obligent la liberté arbitraire du libéralisme économique à se dépasser en liberté sensée ou raisonnée et réciproque.

Nous voulons une nouvelle Constitution qui établisse la démocratie, respecte le droit à la réciprocité, promeuve l’économie sociale, déclare la propriété des ressources de la planète inaliénable, et la propriété sociale des biens créés par la science et l’effort de l’humanité universelle et inviolable.

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Également publié par Paul Jorion sur son Blog, le 17 janvier 2019.

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