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avril 2011

“Idéologie marxiste” et “théorie moderne de la réciprocité” – Critique des thèses de Alvaro Garcia Linera

Dominique TEMPLE (Forum de discussion : 2 commentaires)

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Pour lire l’article cliquer ici : “Idéologie marxiste” et “théorie moderne de la réciprocité”. Critique des thèses de Álvaro García Linera, écrit en réponse à l’ouvrage de Alvaro Garcia Linera, Forma valor y Forma comunidad, (La Paz : Muela del diablo editores, 2009).

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Para leer el artículo, abrir aquí : “Ideología marxista” y “teoría moderna de la reciprocidad”. Crítica de las tesis de Álvaro García Linera, escrito en respuesta a la obra de Álvaro Garcia Linera, Forma valor y forma comunidad, (La Paz : Muela del diablo editores, 2009).

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FORUM DE DISCUSSION

❀ Éric SABOURIN dit :

Wed, 8 Jun 2011 04:26:42

Bonjour Dominique,

Ce dernier ouvrage vient à point nommé, dans le contexte d’un retour vers les travaux de Marx suite à la crise financière mondiale, comme dans le cadre des débats politiques qui animent la Bolivie, l’Equateur et peut-être bientôt le Pérou.

Ce livre est convaincant et pertinent car il rend hommage à travers les critiques aux tentatives de dialogue entre inspirations marxistes et libération indienne de Garcia Linera. L’analyse est résolument post-marxiste en ce sens qu’elle prolonge et approfondit les analyses de Marx, y compris la où on les attend le moins.

Ce livre marquera les débats en Amérique Latine car il contribue à combler plusieurs lacunes.
- il offre une lecture renouvelée des écrits et des intuitions de Marx par rapport à la question de la réciprocité
- il décortique les impasses de l’anthropologie économique marxiste française et en particulier de C Meillassoux, qui ont proposé ces thèses alors que, à la même époque, des auteurs comme J Scott sur l’Asie (l’économie morale des paysans) ou Goran Hyden sur l’Afrique (l’économie de l’affection) proposaient des analyses moins matérialistes et plus proches de la théorie moderne de la réciprocité.
- La contribution de ce livre préfigure, à travers la double approche de Marx et de la réciprocité, une théorie plus adaptée aux systèmes mixtes contemporains (associant des relations d’échange et des relations de réciprocité). C’est ce type de théorie alternative qui fait tellement défaut à l’écologie politique.

Pour prolonger le débat et compléter la proposition “d’affranchir la théorie moderne de la réciprocité de toute contrainte de l’imaginaire”, il serait donc intéressant d’examiner la question de l’aliénation plus spécifique aux systèmes de réciprocité, que tu as initiée par ailleurs.

Il s’est d’abord agi de faire reconnaître la permanence de l’économie de réciprocité face à la domination du développement par l’économie d’échange. Mais aujourd’hui, tout au moins en Bolivie, l’économie de réciprocité étant reconnue, il serait utile de différencier les mécanismes d’aliénation qui lui sont propres de ceux qui sont plus spécifiques de l’économie d’échange, à commencer par l’exploitation capitaliste. Une des clef pour démontrer l’antagonisme entre économie d’échange et économie de réciprocité, passe également par l’explication du fait que la critique marxiste (l’analyse et la dénonciation de l’exploitation capitaliste) soit inopérante ou insuffisante pour provoquer des changements dans les systèmes mixtes contemporains.

Analysant l’héritage esclavagiste du Brésil, Christian Geffray avait commencé à théoriser sur les mécanismes de synergie entre l’exploitation capitaliste et ce qu’il a appelé “l’oppression paternaliste” et que j’analyse comme une forme d’aliénation de la réciprocité (l’assujettissement par la réciprocité asymétrique).

Dans un petit article ci-joint, je propose une ébauche de dialogue à ce sujet entre la théorie de la réciprocité et la proposition de Geffray (disparu dans un accident, avant d’avoir pu aller au bout de ses travaux), ébauche inspirée par tes travaux Dominique et nos premiers débats sur cette question.

Bien amicalement,

Éric Sabourin

Cf. SABOURIN, Éric. “Oppression paternaliste et exploitation capitaliste au Brésil”, Cirad – UR Action collective, politiques et marchés Université de Brasília, septembre 2007.

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❃ Bruno Kestemont dit :

Mon, 2 May 2011 10:31:46

Bonjour Dominique,

Comme d’habitude un texte enrichissant.

Si je peux me permettre une petite remarque, je ne suis pas convaincu qu’il faille, dans la conclusion, opposer l’homme à l’animal. Je supprimerais ce paragraphe qui n’ajoute rien à l’exposé.

Il est une chose d’insister sur l’importance de la réciprocité génératrice de valeurs, une autre est d’utiliser l’argument d’une différence entre l’homme et l’animal, que je trouve un peu démagogique et surtout s’inscrivant dans une logique évolutionniste (l’homme, animal le plus évolué). Marx était dans une perspective évolutionniste, ce qui est pour moi une erreur. C’est en effet cette logique évolutionniste qui a servi ensuite à glorifier l’avènement de la Raison et de la technologie reprise en chœur par les néoclassiques. Voici donc une raison stratégique de ne pas parler de différence entre l’homme et l’animal. Sans compter que je ne suis pas certain que les auteurs indigènes, selon Strauss, de la théorie de la réciprocité, feraient une telle distinction. Ou alors il faudrait placer cette différence sous une perspective de réciprocité "homme-animal" construite par l’homme pour ses besoins propres.

D’un point de vue purement scientifique (non stratégique), j’ai plutôt l’impression, comme je le conclus dans l’article ci-dessous, que la réciprocité (appelée ici "altruisme" ou capacité à coopérer de manière "désintéressée", versus égoïsme primaire) est née en même temps que l’égoïsme. En utilisant une autre terminologie plus générale, on pourrait dire que l’échange marchand et la réciprocité (que tu qualifies de "contraires") sont nécessairement nés en même temps et sont inséparables l’un de l’autre, 2 faces d’une même médaille au même titre que la matière et l’antimatière se créent simultanément. Je cite dans mon article la difficulté de classer telle caractéristique biologique d’égoïste ou d’altruiste car cela dépend des points de vue. Le marché marchand peut être amplificateur de réciprocité et réciproquement.

Le cerveau humain (colonie de cellules) a peut-être des capacités cognitives d’une autre nature que celles d’une colonie de bactéries.

Il suffit de voir un documentaire sur les Bonobos pour y voir l’importance de la réciprocité sous différentes formes "positives" (don, contre-don), tandis que chez les chimpanzés figure une forme de réciprocité négative plus violente (expéditions punitives voire génocides de bandes rivales, du moins des mâles). Pas facile ici de parler de différence avec l’humain. Mais il n’est pas trop difficile de remonter vers des êtres moins proches de nous.

Bref, mon article suggère que la "naissance des valeurs humaines" (que tu ne situes pas, à juste titre, dans le temps) remonte à bien avant la naissance de l’être humain. En fait sans doute à la naissance de la vie. D’après mon hypothèse, la matrice qui permet la réciprocité n’a pu naître qu’en même temps que la vie et son cortège évolutionniste. Chez l’être humain, elle a pris une forme compréhensible par le seul être humain. (See attached file : Kestemont2008RDM_031_0242FondementsUtilitaristes2008.pdf)

Bien amicalement,

Bruno

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